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7 juillet 2020

Barberousse (Akahige) 1965 Akira Kurosawa

AK a la patate et j'avais bien tort de me méfier de celui-là, mais il est vrai que ses adaptations d'auteurs russes ne m'avaient guère emballées jusqu'alors. Toujours en écran large, il tire le maximum de ses décors finalement assez dépouillés (une tendance qui s'affirme de films en films) et compose des plans à la géométrie imparable. Pas près d'oublier la scène de la mante religieuse, à l'atmosphère surnaturelle, où l'on est aussi hypnotisé que sa proie, ou ce plan magnifique où des couvertures mises à sécher compose un labyrinthe, permettant à des témoins (et nous) de voir cette fillette retrouver son humanité dans une scène pudique et bouleversante. Cette même fillette est inoubliable quand elle envoie valdinguer le bol du bon médecin. La star, évidemment, c'est boss Mifune, en médecin mal dégrossi. Un roc ! Suffit qu'il ouvre la bouche et plus personne n'a rien à dire ! C'est leur dernier film ensemble et on peut dire que Toshiro y a incarné parmi les plus inoubliable des personnages. (vu en 2020)

barberousee bw

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7 juillet 2020

Heat 1995 Michael Mann

Après avoir vu Révélations et Heat, il me semble clair que Michael Mann est un styliste. Heat est un archétype de polar (gangsters très pros, flic pas moins, les pourris ont des sales gueules, les femmes sont divinement belles, l'histoire est cousue de fil blanc) et Man renouvelle ces poncifs par le style. Parmi les faiblesses, citons la romance de De Niro qu'on achèterais pas un balle, celle de Pacino, guère plus chère, le face à face tant attendu, assez décevant par ces dialogues peu inspirés (le vrai face à face a lieu pendant le casse avorté, chacun derrière ses intuitions et ses écrans vidéos). On comprend bien qu'ils devaient se rencontrer et qu'ils n'allaient pas se raconter leurs vacances, mais c'est quand même une scène qui devait donner et qui est foirée, je veux dire ; ce n'est pas celle que tu cites, tu ne vas pas enregistrer les dialogues pour les mettre dans une compile non ? A part ça, c'est minutieux, documenté, et le style est là : Los Angeles new look, plans au télé très coulé, musiquee planante, soleil froid (LA est souvent filmé dans une dominante chaude). La grosse scène vient au deux tiers, bien, très réussie elle, lisible, elle claque. Je me plaints pas mal mais je regarde ça assez content, c'est quand même pas dégueulasse. (vu en 2020)

heat

24 juillet 2020

La Femme des sables (Suna no onna) 1964 Hiroshi Teshigahara

Niki étouffe dans cette société où tout est ramené à la bureaucratie, alors il collectionne les insectes, c'est son échappatoire, c'est comme ça qu'il est lui-même. du moins le croit-il (certains autres regardent des films). Il part dans un désert de sable à la recherche d'une nouvelle espèce. Retenu captif dans une maison au fond d'un trou, où le sable s'écoule continuellement et d'où il faut l'évacuer chaque soir en en remplissant des seaux, il ne tarde pas à ressembler aux insectes qu'il chasse, il se rebelle, lutte contre ce sable symbolisant l'absurdité de l'existence. Mais peut-être se trompe-t-il, peut-être est-il plein d'illusions. Cette femme qui vit dans la maison, travaillant sans remettre en question son mode de vie, n'est-elle pas plus heureuse, en tout cas moins malheureuse ? Les courbes que le sable dessine se mêlent aux courbes de son corps, son corps nu recouvert d'une pellicule de sable, quand elle dort l'après-midi, compose une vision harmonieuse et sensuelle. Faut-il lutter ? Faut-il se rendre ? La vie est-elle absurde ? N'est-ce pas nous qui le sommes ? Voilà voilà. A part ça, c'est un très beau film, on sent que le gars à un sens visuel pointu, on y prend un plaisir d'esthète certain, surtout que c'est relevé par un très beau score de Toru Takemitsu. (vu en 2020)

femme des sables

17 juillet 2020

Bellamy 2009 Claude Chabrol

"Il y a toujours une autre histoire, il y a plus que ce que l'oeil peut saisir". Cette citation, apparaissant à la toute fin du film, sert très bien de grille de lecture à ce Bellamy, on pourrait d'ailleurs l'appliquer à n'importe quel autre film, maintenant que j'y pense. Il faut sans doute aller chercher dans les profondeurs de son scénario pour trouver de l'éclat à Bellamy. Chabrol, encore, coupe court à tout suspens, ce mec est-il sincère ou a-t'il mené tout le monde en bateau ? Peut importe, personne n'est clair là-dedans. Chabrol emballe ça tranquillement on va dire, c'est un film de vieux maître, une sombre farce. (vu en 2020)

Bellamy

21 juillet 2020

The Blade (Dao) 1995 Tsui Hark

J'ai adoré ce film dès qu'on a commencé à en parler dans la presse spécialisée de l'époque, avant même de le voir, c'était une promesse trop belle pour être vrai. Mais une promesse tenue. Alors c'est sûr que c'est furieux, ça va vite (en même temps c'est Tsui Hark, pas Antonionni...), on a peur d'être distrait un instant et de louper quelque chose, car chaque plan, chaque seconde, propose une idée de mise en scène passionnante. Ça m'a d'ailleurs rappelé Fury road, mais The Blade n'a pas de temps morts ou de scènes un peu ridicules, c'est la folie du début à la fin. J'ai aussi pensé à Leone, pour ces personnages brutaux, sales et impurs. The Blade construit une nouvelle forme, Tsui Hark semblant penser que la meilleure méthode pour s'affranchir des formes cinématographique du passé est de tout défoncer à coup de sabre. Il reprend donc un film fondateur, The One-Armed Swordsman, en varie, un peu, les thèmes, mais surtout le mâche et le recrache comme du chewing gum. Plus de civilisation ici, fini la chine classique, c'est le chaos, c'est une chine métissée avec l'orient et l'occident, barbare, irreconnaissable et étonnante, en violente rupture avec ses représentations traditionnelles. Plus de camaraderie, chacun sert son intérêt personnel, le sabre est brisé depuis longtemps, il ne reste que le quart des pages du manuel d'art martial, dévoré par le feu. La mise en scène tente des choses folles, les acteurs ne jouent plus pour la caméra, c'est le cameraman qui se débrouille pour suivre. C'est expérimental, radical, dans son filmage, sa photographie, son récit, et ses combats, bien sûr. Le plus étonnant c'est que ce chaos est tout à fait maîtrisé, ce n'est pas un film punk qui envoie tout promener, il y a tout le talent de son auteur derrière, et le résultat laisse la bouche grande ouverte. Après ça, les autres films d'action semblent à la traîne. (vu en 2020)

blade

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21 juillet 2020

Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il West) 1968 Sergio Leone

Que puis-je dire, moi, de cet incontournable, que je regarde depuis tout petit ? Je continue à lui préférer Le Bon, la brute... mais quand même, ça fait bien plaisir de le revoir. Évidemment il y a toutes ces scènes devenues mythiques, et cette musique incroyable. J'ai été très ému quand Claudia Cardinale débarque du train, cherchant en vain son irlandais, entre dans la gare, alors que la caméra passe sur le toit et révèle la ville, il y a cette musique et ce mouvement de caméra qui fonctionne à merveille. Mais je suis d'accord avec ma fille, Leone a peut-être la main un peu lourde avec la musique par moment. C'est la première fois que Leone introduit un personnage féminin important, et la Cardinale est sublime. On voit que c'est Cheyenne qui intéresse le plus Leone, c'est d'ailleurs le seul avec Jill qui évoque leur passé. A part ça ? En se remémorant le film, on se souvient de paysages et de visages. Il y a beaucoup de gros plan sur ces derniers, Leone se plaît à scruter chaque ride, chaque poil, et ces visages envahissant l'écran deviennent paysages à leur tour. Il y a aussi ce fameux étirement du temps, Leone ralentit le temps, faisant durer ses scènes, et le temps du film semble couler plus lentement que le nôtre, alors que la plupart des films l'accélère, le comprime. Il y a enfin ce présent contaminé par une nostalgie faite de passé révolu, de fin d'un monde, tandis que le nouveau est sur les rails. (vu en 2020)

 

il etait une fois dans l'ouest

14 avril 2020

Grave 2016 Julia Ducournau

Ma foi, j'ai pas grand chose à dire sinon que ouais, c'était bien ; la cannibalisme comme métaphore de la sexualité, la découverte de cette faim incontrôlable par une jeune fille pas trop en fleur. Il fallait un environnement et cette école de vétérinaire (je voyais pas ça comme ça moi) amène son lot de scènes chocs, elle représente sans doute ce territoire bouillonant où ont seulement accès les ados. Julia Ducournau filme les corps, et semble avoir du tempérament. Evidemment, l'épilogue semble en trop. (vu en 2017-2018)

grave

9 juillet 2020

Dementia 1955 John Parker

Apparemment le seul film de son auteur, et quel dommage ! J'ai vraiment adoré cette chose onirique, pas compliquée mais obscure, pas réaliste mais pas ouvertement bizarre comme... tu sais qui, ce récit qui n'obéit qu'à la logique du rêve, cette atmosphère d'irrésistible danger, cette héroïne si éloignée des types de femmes que l'on voit habituellement au cinoche (Adrienne Barrett, la secrétaire du réal !), l'absence de dialogues et cette superbe musique (George Antheil). Le gars est très doué, son film parait être un long rêve sorti d'un film de Buñuel. Ses images sont immédiatement parlantes, chaque plan expriment une idée. Surpris et conquis par ce film de plus d'un demi siècle, qui aurait pu être casse gueule mais qui est passionnant, mû par l'intuition, réalisé avec brio, qu'on sent sans compromis. (vu en 2020)

Dementia

9 juillet 2020

Godspeed (Yi lu shun feng) 2016 Mong-Hong Chung

Godspeed reprend les motifs du films de gangster et celui de l'homme ordinaire pris dans une affaire qui le dépasse et à laquelle il ne comprend rien. Pour essayer de le définir, je pourrais le comparer à certains films asiatiques du même genre, comme certains gangsters coréens, qui surenchérissent souvent un peu trop, ou au Lac aux Oies Sauvages, qui met en avant une forme radicale : Godspeed, c'est plutôt le bon dosage, comme un plat assaisoné avec une certaine délicatesse. Et c'est chouette de revoir Michael Hui, on se dit qu'il est quand même sacrément bon et on a envie de revoir ses comédies. (vu en 2020)

Godspeed

9 juillet 2020

Ne croyez surtout pas que je hurle 2019 Frank Beauvais

C'est un rêve de spectateur : faire quelque chose, un film, à partir d'extraits des films qu'on enquille jours après jours. Devenir spectateur actif en quelque sorte. Pari tenu ici, grâce à deux bonnes idées : d'abord choisir des extraits inidentifiables, excluant visages d'acteurs ou scènes connus, et en greffant là-dessus un texte intime, à savoir le récit de la dépression du réalisateur. Ça pourrait être un autre texte, d'autres extraits, que ça n'aurait pas été vraiment différent, n'empêche que ça marche : ces images, vidées de leur identité, acquérant une seconde vie, en echo à ces mots de Beauvais, créent une drôle de poésie. Le texte est parfois agaçant, rejoignant ce qu'il dénonce, mais sincère.

ne croyez surtout pas

15 juillet 2020

A Taxing woman (Marusa no onna) 1987 Juzo Itami

Pendant la première moitié, j'étais conquis. Voilà un chouette petit film japonais qui fleure bon les 80s, assez marrant, et surtout avec une héroïne fonceuse, incorruptible, petite, brune aux cheveux courts, irrésistible, alors evidemment... C'est sympa comme tout, mais c'est dommage que la deuxième partie fasse un peu du sur place, se répète, n'a pas un déroulement qui maintienne l'intérêt. (vu en 2020)

taxing woman

6 juin 2020

Les Bas-fonds (Donzoko) 1957 Akira Kurosawa

Il faut de l'abnégation pour arrive au bout de ce Kuro raté alors que l'on a les vitres à faire et les photos à trier. C'est l'adaptation d'une pièce de théatre russe et, à part la transposition au Japon, Kuro à du penser que la pièce se suffisait à elle-même, qu'il lui suffisait de la filmer telle quelle, je vois pas autre chose. Le film dure deux bonnes heures et pendant la première, ben on n'y voit guère plus qu'une bande de miséreux partageant une piaule sordide et s'envoyant des vacheries. Un prologue d'une heure en quelque sorte. Puis à la moitié, la logeuse laisse entendre à l'un d'eux, qui est aussi son amant, que s'il tuait son mari ça serait pas plus mal. Ah, enfin de l'enjeu, pense-t-on. Tu parles, il se passera pas grand chose jusqu'à la fin, qui verra le mari y avoir droit, dans une scène assez confuse. Puis un long épilogue, qui ressemble beaucoup au prologue. Ouf ! Il y a sans doute quelque chose qui m'échappe (la pièce raconterais la lutte révolutionnaire de ces crève-la-faim contre leurs propriétaires, bon...), n'empêche, c'est sans rythme, on cherche en vain le style du maître que l'on connait, mais il semble ici sans imagination. Même Toshiro Mifune est à l'étroit et a de la peine à imposer son personnage. Pénible. (vu en 2020)

bas-fonds

18 juin 2020

Le Grand alibi Stage Fright 1950 Alfred Hitchcock

Il y a les grands films d'Hitch, et il y a ces petits où l'on trouve beaucoup à aimer : Marlène Dietrich (la classe, et des répliques qui tuent : "C'est très jolie, si on peut appeler jolie une robe de deuil. Y aurait-il moyen d'ouvrir le décolleté ?"), des beaux plans comme la porte d'entrée qui s'ouvre sur la robe ensanglanté, ou le regard angoissé de Jane Wyman qui pensent qu'elle va y passer, dont seuls les yeux émergent de l'ombre, le coup de la poupée, la vie comme représentation théatrale, et le théatre comme vie (un classique). Ce bon petit film rappelle sa période anglaise. (vu en 2020)

grand alibi

26 avril 2020

Les Proies (The Beguiled) 1971 Don Siegel

Clint se voit bousculé ici, en habile metteur en scène de sa propre image, chasseur et gibier, sujet et objet. Les films est très noir, tout le monde sera chasseur et chassé dans une redistribution des rôles entre mâle et femelles. Ce génycée n'est pas en reste en matière de pulsions en tout genre, même ce bout de chou d'à peine dix ans, qui mettra un terme à la vie de ce macho pris au piège de son propre jeu. Geraldine Page, fragile en apparence, furie au dedans, tient bien tête à notre Clint. Efficace, sulfureux, et très noir donc, puisque peuplé de personnages immoraux renvoyés dos à dos. (vu en 2020)

proies

19 juillet 2020

Invasion (Yocho) 2017

Comme d'hab' chez Kiyoshi, on admire cette mise en scène économe qui sait susciter l'inquiétude avec trois fois rien, un plan cadrant un rideau soulevé par le vent un peu trop longtemps, une silhouette immobile à l'arrière plan, qui alterne avec des scènes fortes, comme celles ou tout le monde s'écroule au passage de ces envahisseurs. C'est bien, et on remercie Kurosawa de proposer une autre voie dans la peur, personnelle et loin des poncifs. Après c'est pas dénué de problèmes, il y a cette invasion frustrante parce que l'on n'en voit rien, mais ce qui m'a le plus gêné, c'est ce couple qui ne fonctionne pas, mais alors pas du tout. Me suis demandé si c'était pas son frangin ou son coloc avant de comprendre qu'ils étaient ensemble. A part ça, il y a un beau score, notamment deux beaux morceaux dont un pendant le générique de fin, hommage aux films d'invasions extraterrestre d'antan. (vu en 2020)

invasion

19 juillet 2020

Anomalisa 2015 Duke Johnson, Charlie Kaufman

Drôle de film qui m'a laissé un peu déconcerté. Typiquement un film d'animation adulte, pour adulte, puisqu'il parle d'un mec complètement déprimé, et guère plus. Le film réussit à traduire les états émotionnels du gars par les images ; tous les "autres" ont le même visage et la même voix, les corps semblent être fait de pièces détachées. De même, quand notre bonhomme rencontre celle qui le sortira, l'espace d'une nuit, de sa dépression, elle aura un visage et une voix bien à elle...avant qu'au matin sa voix ne change et ressemblent aux autres. Mais il y a aussi des effets de mise en scène classique que l'animation rafraîchit. Là où le film déconcerte, donc, c'est qu'on commence avec ce mec au fond du trou, et qu'à la fin il y est toujours, on a donc pas ce parcours narratif habituel où quelque chose doit être résolu. A noter une scène intime assez réussie, qui aurait peut-être été ridicule dans un film live, et qui passe tout naturellement ici. Finalement ce gars ne serait-il pas juste sexuellement frustré jusqu'à la moelle. C'est dur, je sais. (vu en 2020)

anomalisa

25 juillet 2020

Un Eléphant ça trompe énormément 1976 Yves Robert

Il faut croire que c'est une bonne comédie, rien de plus certes, puisque plus de quarante ans après ç'est toujours assez drôle et charmant. Je dis ça, parce qu'on parle de comédie française, là. Je ne dis pas que revoir ces acteurs disparu récemment (doucement, Claude Brasseur est toujours là) ne joue pas dans le petit plaisir qu'on a à revoir ce film aujourd'hui, ni d'ailleurs de revoir cette France, elle aussi disparue. Je ne dis pas non plus que c'est un bon film, mais une comédie qu'on regarde avec un sourire entendu aux lèvres, certainement. (vu en 2020)

elephant

18 juillet 2020

Le Privé (The Long goodbye) 1973 Robert Altman

Robert Altman adapte Chandler, et réussit un vrai film de privé. Je veux dire, il n'essait évidemment pas de "copier" ces films des années 40, il fait un vrai film d'Altman, on reconnaît immédiatement son style, ses longs plans au télé qui traînent, cadrant l'avant plan, puis s'attardant sur un détail à l'arrière plan, ses dialogues, ce ton décontracté. Pour autant, ça n'a rien de l'hommage, de l'exercice de style ou de la relecture, c'est très premier degré, sans artifice. Altman, sans renier son style, se fond sans problème dans le genre. Le film est superbe, notamment grâce à la photo de Vilmos Zsigmond. Elliot Gould, la nonchalance dans un costume de blues brothers, est magnifique. J'ai beaucoup pensé à The Big Lebowski, qui manifestement s'inspire de ce genre d'histoire, tant Jeffrey Lebowski et ce Philip Marlowe ont de points communs : complètement largués, ils courent après l'histoire tant bien que mal, puis résolvent le truc dans un éclair de lucidité inattendu. D'ailleurs, ils ont tous les deux leur scène de supermarché, de nuit, en début de film. On les imagine sans problème trinquer au bar du bowling. (vu en 2020)

privé

28 avril 2020

M. Butterfly 1993 David Cronenberg

Ce film est plutôt réussi, dans sa tentative de montrer un homme complètement aveuglé par son idéal amoureux, dans un renversement (j'aime bien les renversements) de Madame Butterfly, où la femme/l'asie se venge et ridiculise l'homme blanc/l'occident (d'où le M. du titre). Beaucoup aimé l'utilisation des décors, qui n'essaient pas de se faire passer pour the real thing, mais sont là en tant que tels, d'où cette impression d'être dans l'imaginaire de Gallimard. De même , les artifices sont toujours visibles : Butterfly (on voit bien que c'est un homme) apprenant même à Gallimard que dans l'opéra chinois, les rôles de femmes sont tenu par des hommes. L'artifice devient ainsi le coeur du film. Cronenberg dégraisse son récit comme il sait le faire, entremélant habilement cette atmosphère irréelle avec l'Histoire Gallimard choisit l'imaginaire et le travestissement plutôt que la réalité, devient acteur de cette supercherie, puis choisit de le rester une fois celle-ci dévoilée, plutôt que d'être le spectateur de sa propre tragédie ridicule. (vu en 2020)

m

28 avril 2020

Joe Kidd 1972 John Sturges

On reconnait dans Joe Kidd une production Malpaso qui à foiré. Belle photo de Bruce Surtees qui compose de beaux plans de paysages lors de la montée de la vallée, et une jolie scène où Clint élimine un sniper, qui joue avec le bruit des détonations et le moment de l'impact pour signifier la distance qui les sépare. Mais, d'une part, John Sturges loupe ses scènes d'action (les fusillades du début et de la fin, le train qui défonce la baraque, qui ne donnent rien), d'autre part il y a de sérieux problèmes scénaristiques ; la copine de Duvall qui ne sert à rien, le retournement de Clint qui va aider Duvall, injustifié, pourquoi Duvall lui fais confiance puis cesse soudainement, la façon dont Clint se débarrasse des bad guys dans le village, trop facile, le gamin qu'on envoie prévenir Chama, le statut de Clint (c'est qui au juste ?), etc. Bref ça fait pas mal et ça donne un film pas térroche. C'est dommage, car on sent que mieux écrit, et réalisé par le maître, ça aurait pu être un très bon western Eastwoodien. (vu en 2020)

joe kidd

15 mai 2020

Mission: impossible - Protocole fantôme (Mission: impossible - Ghost protocol) 2011 Brad Bird

Ce film est très fort : son scénario est bête à bouffer du foin (c'est pas croyable qu'on écrive encore des scripts comme ça), son méchant falot, ses héros de pacotilles, mais c'est super bien, grâce à sa succession de scènes d'action (le mouvement, l'essence du cinéma) absolument captivantes, excitantes, lisibles, qui s'enchaînent sans temps morts (à la hitch des 39 marches) pendant ... les trois premiers quarts (y'a une baisse de régime à la fin, faut le dire). Je pense que le gars Brad Bird, décidément doué, a dû lire le scénario, et se dire que tant pis, il va faire abstraction de ce flot continu d'imbécilités. Mission accompli, il y a quelque chose des scènes folles du cinéma muet et d'animation dans cette volonté de repousser les limites du spectacle. (vu en 2020)

mission impossible protocole fantome

28 avril 2020

M. et Mme Smith (Mr. et Mrs. Smith) 1941 Alfred Hitchcock

Hitch s'essaie à la pure comédie, alors qu'il a plutôt l'habitude d'en saupoudrer ses drames. Pas désagréable, même charmant par moment, grâce à Carole Lombard. Quand même, on sent qu'il n'a pas trouvé là-dedans quelque chose qui l'intéresse, et du coup ce n'est pas un Hitch movie. On peut noter ce commentaire du couple, dont il est coutumier. (vu en 2020)

mr

29 février 2020

The Duke of Burgundy (2015) Peter Strickland

Plus de deux ans après l'avoir vu, je ne sais toujours pas si j'ai aimé. C'est assez beau, dans le sens précieux, et cette histoire d'amour lesbien teinté de sado-masochisme devrait me plaire. Mais j'avoue qu'à part son esthétisme, je n'y vois pas grand chose. À aucun moment je ne sais où va le film, il n'y a pas vraiment d'enjeux, sinon de savoir si ce couple survivra aux désirs masochistes de l'une des deux. Un film sur le mystère féminin, comme le laisserait penser une des séquences vers la fin ? Doit-on apprécier la forme et basta ? J'ai l'impression que Peter Strickland me murmure quelque chose, mais je ne saisi pas si ce sont des mots, ou juste des sons. Me voilà bien avancé... (vu en 2017-2018)

duke of burgundy

7 juillet 2020

La Main au collet (To catch a thief) 1955 Alfred Hitchcock

Pas top, dénué de suspens, Cary Grant fait un peu pitié en retraité sur la côte d'azur (quelle dégaine ! On s'attend à voir surgir De Funes). Jolis paysages, jolis couleurs, mais bon... Allez, c'est pas déplaisant non plus, il y a Mme Feu sous la Glace (Grace Kelly), elle est même le seul intérêt du film : son baiser inattendu sur le seuil de sa chambre, l'escapade en voiture pied au plancher où elle domine voir terrifie son mâle, et la scène d'amour pendant les feux d'artifice, tellement suggestif que c'en est presque vulgaire. Presque. Sinon c'est assez décevant, je regrette d'avoir à le dire.  Cette débauche de couleurs (Elles sont assez moches ces nuits verdâtres) et de sexe (suggestif) sont assez De Palmesque, maintenant que j'y pense. (vu en 2020)

main au collet

7 juillet 2020

Fenêtre sur cour (Rear window) 1954 Alfred Hitchcock

C'est méga bien, c'est aussi le film le plus analysé, décortiqué, disséqué, interprété de l'Histoire, qui a donné lieu à tant de textes passionnants, que veux-tu que je dise, moi ? Du coup je suis sans mots. J'aime ce film depuis que je suis gamin, même si je n'y voyais bien sûr pas toutes ses lectures, sa symbolique (même maintenant, bref...), mais c'est le propre des grands réalisateurs, de faire des films divertissant et savant à la fois, n'est-ce pas ? Bref, à la revoyure, j'ai été surpris par ce plan de l'hélicoptère (j'ai rêvé ?), j'ai aimé cette lecture du mariage, et le fait que James Stewart ne tombe amoureux de Grace Kelly que quand elle passe de l'autre coté, qu'elle devient inaccessible, qu'il peut enfin l'observer avec ses jumelles, comme s'il ne la voyait pas avant ça. Le plan sur ses mains, quand elle montre la bague à son doigt, est magique. On y voit aussi un échange de baiser torride, et je ne me rappelais pas cette touchante tirade de la maîtresse du petit chien. Voilà. (vu en 2020)

fenetre sur cour

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