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24 juillet 2020

Un Justicier dans la ville (Death wish) 1974 Michael Winner

Ce n'est pas un excellent film, mais c'est un bon scénario, qui aurait mérité un meilleur traitement. Tel quel, sans être éblouissant, ça fait le job, Charles Bronson y apporte un coté, euh, populaire ou grand public, qui brouille les pistes entre le divertissement et le fond, on va dire. Il faut croire que la recette est bonne, vu le succès à l'époque et sa place aujourd'hui.

 

justicier dans la ville

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23 juillet 2020

Détour (Detour) 1945 Edgar G. Ulmer

Ce petit film jouit d'une excellente réputation, et d'une entrée chez Criterion. C'est pas mal, même si je m'attendais à mieux. Ulmer est un bricoleur débrouillard qui sait tirer pari du peu qu'il a, et il n'a pas beaucoup, apparemment. Bon, ça reste un petit film, c'est vite expédié, on dirait un épisode d'Alfred Hitchcock présente, qu'on aurait développé sur une heure, pour te faire une idée.

detour

15 juillet 2020

Le sang des innocents (Non ho sonno) 2001 Dario Argento

On le sait depuis longtemps, mais ça fait toujours mal de le constater : Dario est tombé bien bas. Celui-là assez navrant, c'est mal joué, hormis Max Von Sydow qui s'en tire parce qu'il a du métier, et puis qu'est-ce que c'est moche. Il est facile, et tentant, d'imaginer la scène du tain s'il l'avait tourné dans ses grandes années. Comment un mec qui racontait ses histoires avec une esthétique si puissante, peut-il pondre quelque chose comme ça ? Je me dis que le manque de budget n'explique pas tout. J'ai mal pour lui, il doit être conscient d'être dans le caniveau, mais il continue, vaille que vaille. C'est assez touchant de le voir s'obstiner dans sa voie, celle de la peur, des pulsions criminelles, tout ça, sans le talent d'alors, mais avec une sincérité dont on ne saurait douter, une manière de rester fidèle à lui-même. Ses films dernière période ne sont pas bons, mais ils sont certainement âpres, durs, comme l'étaient aussi ses grands films, d'ailleurs. (vu en 2020)

non ho sonno

15 juillet 2020

L'Inspecteur de met à table (Lamb to the slaughter) 1958 Alfred Hitchcock

Ce court de la série Alfred Hitchcock présente est assez marrant (l'épouse qui tue son mari d'un coup de gigot congelé) et malicieux (elle sert le gigot à l'inspecteur et son équipe alors qu'il se demande pourquoi ils ne retrouvent pas l'arme du crime). Barbara Bel Geddes est très bien. Très chouette récréation. On ne quitte pas une femme sans dommage. (vu en 2020)

inspecteur se met à table

21 juin 2020

La Loi du silence (I Confess) 1953 Alfred Hitchcock

Celui-là est assez innatendu, se déroulant au Quebec (!) dans l'ombre sinistre d'imposantes églises, catholiques (!!), à peu près dénué de virtuosité, d'humour, de spirit. Tout ça pour dire que ça ne signifie pas que ce soit mauvais, loin de là. Le mari (Roger Dann), qu'on voit peu, a une attitude exemplaire dis-donc. (vu en 2020)

loi du silence

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16 juin 2020

Les Salauds dorment en paix (Warui yatsu hodo yoku nemuru) 1960 Akira Kurosawa

Toujours aimé ces films de gangsters où, plutôt que la mafia, les gangs de blacks ou de latinos, les ordures sont les cols blancs des grandes compagnies ou des fonctionnaires. Corruption, meurtre, vengeance et Toshiro Mifune tiré à quatres épingles dans son costume trop étriqué pour contenir sa formidable présence (on dirait que sa chemise va se déchirer quand il s'énerve). Kuro est maître de son art, impeccable, solide, dynamique, à l'aise avec ces mecs en costumes et les lignes droites de leurs bureaux, les tatamis et les volets de papiers de leurs belles demeures. Ça finit pas bien, of course. (vu en 2020)

salauds dorment en paix

16 juin 2020

Big man Japan (dai-nihonjin) 2007 Hiroshi Matsumoto

Le "pitch" est suffisamment drôle : un reportage sur un gars qui peut se transformer en "Big man Japan", soit un mec en slip de la taille d'un building, employé par le gouvernement pour protéger le Japon contre des monstres improbables (mon préféré : Evil Stare Monster"). Entre deux combats, un journaliste et un cameraman, toujours hors champs, suivent partout ce mec déprimé par son divorce, par son boulot, par les remarques blessantes de la population qui suivent ses interventions en mode téléréalité et qui le trouve ringard et démodé, par son agent qui loue des emplacements de son corps aux sponsors. C'est drôle et triste, loufoque, surréaliste, touchant. Hiroshi Matsumoto a l'air de faire son film dans son coin, en dehors de toute influence, avec soin et obstination. Ça fait du bien de savoir qu'un gars fait ce cinéma là. (vu en 2020)

big man japan

16 juin 2020

Les Amants du capricorne (Under capricorn) 1949 Alfred Hitchcock

J'avoue, je confesse mon appréhension avant d'envoyer celui-là ; Hitch et les films en costumes n'ayant rien donné de bon jusqu'alors. Eh be je me suis fais cueillir par ce superbe drame romantique. Ça commence mollement puis l'attention est captivée dès la rencontre avec Joseph Cotten, puis ça devient peu à peu irrésistible. C'est d'un romantisme mortifère (les pastels relevés de couleurs claquantes de Jack Cardiff servant bien la chose), on sent une odeur de putréfaction derrière les rideaux. Quand apparaît Ingrid Bergman, on comprend que ça va forcément mal tourner. Quelques détails incongrus mettent la puce à l'oreille : le personnel de cuisine se fait fouetter par la gouvernante (dans une belle scène voyeuriste qui a du plaire à De Palma), l'air perdu et les pied nus d'Ingrid pendant la réception, la tête réduite, et bien sûr cette gouvernante, digne cousine de Mme Danvers. Celle-ci est carrément flippante dans une scène très hitchcockienne qui marque. On sent mariner les les sentiments et les passions inavouables de ces personnages tourmentés, magnifiés par de somptueux longs plans très mobiles, le must étant cette scène ou Ingrid confesse son passé à son cousin, tournant autour de lui, changeant dix milles fois d'expression. Encore un très beau Hitch, plus concentré sur le suspens que sur les personnages, dont le romantisme morbide annonce Vertigo. (vu en 2020)

amants du capricorne

 

16 mai 2020

Proxima 2019 Alice Winocour

Ce n'est pas un film de SF mais on ne peut s'empêcher de le comparer aux récents Ad Astra, First Man ou Interstellar, qui eux aussi mêle le cosmos (le plus grand que soi) à l'intime. Le film convainc par sa simplicité : pas besoin de deuil, de la mort d'un proche, d'un œdipie compliqué, de catastrophe planétaire ni de FX chiadé, de spectaculaire et de surligné. On va dans l'espace, l'entrainement est ce qu'il est, on abandonne sa petite fille pour un an mais ça ira, voilà. (vu en 2020)

 

proxima

19 avril 2020

En liberté ! 2018 Pierre Salvadori

La comédie de l'année, tu parles ! Il y a bien une poignée de gags bien envoyés, sinon j'ai l'impression que le film essaie (d'être drôle ? décalé ?) sans vraiment y arriver. J'aime bien Haenel moi, par contre j'ai trouvé les efforts de Pio Marmaï tout faux, sans parler d'Audrey Tautou... (vu en 2017-2018)

en liberté

2 mai 2020

Cinquième colonne (Saboteur) 1942 Alfred Hitchcock

Il y a là-dedans une poignée de scènes incontournables de la filmo de Hitch ; le final sur la statue de la liberté, la fusillade dans le cinéma, superbe, mais aussi la scène dans la roulotte du cirque, celle du gars aveugle qui voit mieux que tout le monde, le gamin qui pleure en voyant les menottes aux poignets de Robert Cummings (une idée toute simple mais fallait y penser), l'utilisation des maquettes, et encore plein de choses inventives qui rappellent le meilleur de sa période anglaise. Quelques réserves néanmoins : d'abord ce scénario un peu brouillon (comment Robet Cummings s'échappe-t-il du garde manger ? Comment Priscillia Lane s'échappe-t-elle de la ville fantôme et comment gagne-t-elle New York ? Que va-t-il arriver au barrage ? Et ce couple très peu hitchcockien). C'est une tentative de refaire les 39 Marches aux états-unis, quand même loin d'égaler l'original. La prochaine sera la bonne. Hitch himself met le mieux le doigt dessus : "...je dirais que le script n'était pas assez rigoureux. Je n'avais pas l'esprit assez alerte pour dominer le scénario original. Il y avait là-dedansune masse d'idées mais elle n'étaient pas bien ordonnées et elles n'étaient pas sélectionnées avec suffisammant de soin ; j'ai l'impression que tout cela aurait dû être nettoyé et fermement rédigé avant le tournage. Cela prouve qu'une masse d'idées ne suffit pas à composer un film réussi si elles ne sont pas présentées avec suffisamment de soin et avec une totale conscience de la forme." (Hitchcock-Truffaut). (vu en 2020)

 

cinquième colonne

8 mai 2020

Le Chateau de l'araignée (Kumonosu-jô) 1957 Akira Kurosawa

Très, très impressionné par celui-là. Encore une fois AK conçoit une oeuvre destinée à rester : la rencontre avec la sorcière (croyait que c'était un mec moi), révélée par cette incroyable lumière spectrale, psalmodiant sa chanson du ton le plus triste qui soit, c'est à tomber. On ne sait jamais très bien si elle est l'initiatrice de la tragédie à venir, ou si elle en a seulement la prescience. Il faut voir Toshiro Mifune, tout en grands gestes et froncement de sourcils, (il est mignon avec son mille-pattes dans le dos), son jeu a quelque chose de la marionnette, du pantin dont on tire les fils (sa femme ? la sorcière ?). On est pas près d'oublier non plus la façon flippante qu'a sa femme de se déplacer, tout en immobilité, son visage comme un masque, sublimement joué par Isuzu Yamada. Les précédents films d'AK n'étaient pas drôles, mais il y avait toujours un gars qui essayait de faire de son mieux, de continuer d'y croire. Personne pour y croire encore ici, on est dans le coté obscur du maître, et c'est une de ses plus grande oeuvre. La musique est glaçante, la photo construit des à-plat, supprime les volumes (tout est gris, pris dans le brouillard) dans des plans souvent symétriques, de face, les décors sont dépouillés. Tout ceci participe d'une esthétique trouvant sa source dans le théâtre japonais (et tu peux me croire, j'y connais rien), c'est flagrant dans les scènes d'intérieurs comme celle du couple dans la salle à la tâche de sang (brrr) ou celle du banquet (pô très festif). D'ailleurs on n'assiste jamais aux batailles, seulement à leurs rapports. C'est d'une beauté sinistre, extrêmement maîtrisé (sans que ce soit gênant, AK ne se regarde pas filmer), puissant, fait du fracas des armes d'hommes dévorés par leurs ambitions, et de la rêverie triste et morbide des spectres de l'au-delà. Bon, à part ça, j'ai toujours rêve que ce soit Akira Kurosawa qui filme l'adaptation du seigneur des anneaux, ça aurait eu de la gueule. (vu en 2020)

Chateau de l'araignée

17 avril 2020

The Walk: Rêver plus haut (The Walk) 2015 Robert Zemeckis

C'est l'histoire d'un mec qui se la pête, qui veut marcher sur un câble tendu entre les deux tours (ouais, celles-là), parce que tu vois, il laisse libre cours à ses rêves, lui. Ouais, j'ai trouvé dommage qu'il se pête pas la gueule moi. Ça doit être l'acteur, immonde et suffisant, ou ce Paris de carte postale à gerber. Et faut dire que ce qui précède l'exploit (j'avoue faut le faire) qui n'arrive qu'a la fin, n'a mais alors strictement aucun intérêt. Beurk. (vu en 2017-2018)

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28 juillet 2020

L'Extravagant Mr Deeds (Mr. Deeds goes to town) 1936 Frank Capra

Les craintes du début sont vite balayées : on pouvait croire que ça va être le film des gens simples et leur bons sentiments, genre Forrest Gump, mais non, le scénario est très malin. Mr. Deeds peut paraître naïf, et il l'est, mais il a aussi oublié d'être con. A partir de là, c'est une excellente comédie, Capra a le sens du rythme, sa mise en scène a quelque chose d'efficace, au service des acteurs, mais accélérant quand il faut (voir l'accident du début expédié en trois secondes et trois plans). Et même si bons sentiments il y a forcément, il a l'élégance de les glisser sous un humour irrésistible, sans oublier de gratter là où ça démange. Le beau Gary Cooper à toujours l'air de se sentir un peu trop grand dans sa carcasse, Jean Arthur est une femme à marier. C'est mon premier Capra, je ne pensais pas être conquis, mais c'est le cas. (vu en 2020)

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2 août 2020

Les Vierges de Satan (The Devil rides out) 1968 Terence Fisher

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Voilà quelques années que j'ai envie de voir ce film. Penses-tu : Terence Fisher, Christopher Lee, Richard Matheson au scénario, de la sorcellerie, mama mia. Beh c'est tellement mauvais que c'en est amusant. Il a pas dû se surmener en écrivant ça, le gars Matheson : on ne saura rien de rien de ses personnages, qui sont-ils, que veulent-ils, etc. Pourquoi l'un deux arrive en hélico au début du film ? On s'en fout. Pourquoi, avant de s'inquieter de la disparition de son ami et d'appeler l'autre à la rescousse, Christopher Lee n'est pas allé voir s'il était chez lui (vu qu'il y était) ? On s'en fout. De même, Christopher Lee s'absente deux fois, laissant les autres se démerder, puis réapparait, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Ou alors Leon Greene qui épie une messe noire en pleine forêt, aussi discret derrière son buisson que s'il éclusait un Mannhatan au bar de l'hôtel de la Paix. Bon, la liste des questions sans réponses, raccourcis maladroits, situatios ridicules et autres coïncidences invraisemblables est très longue. Christopher Lee porte bien le costume trois pièces mais ne fait pas grand chose d'autre. Terence Fisher fait le minimum du minimum lui aussi. Les effets spéciaux sont pô terrible, ont mal vieilli, mais c'est pô grave. Bref un script pas en état d'être filmé, et un film nanardesque. La seule bonne chose reste le titre français, malheureusement mensonger. A noter que le film inclus sa propre autocritique quand Paul Eddington, pas convaincu de l'existence du diable, émet son avis : -"Frankly, I think we're behaving like a pack of idiots.". A noter également, dans le rôle de Tanith, Nike Arrighi, qui joue la maquilleuse dans La Nuit Américaine. En 1968, ces vierges ne risquaient pas de faire de l'ombre à Polanski. (vu en 2020)

6 juin 2020

La Forteresse cachée (Kakushi-toride no san-akunin) 1958 Akira Kurosawa

Après Les Bas-fonds, tu m'étonnes qu'AK s'est dit que ça va comme ça, et qu'il ait voulu tourner un bon film d'aventure des familles, et accessoirement de faire un carton. Mission accomplie, c'est assez étonnant, surprenant même, de voir un film du Maestro en écran large (en Tohoscope), dont les habituels thèmes et préoccupation, s'ils ne sont pas absents, se font plus discrets et laisse la place au plaisir. On retrouve avec bonheur son solide sens formel, ses images qui claquent et un Toshiro Mifune en grande forme. Cette princesse graçonne et farouche (Misa Uehara) est aussi un superbe personnage, il faut la voir bridant le Toshiro. Le duel à la lance est un grand moment de plaisir (le clou du film). Les deux va-nu-pieds assure la couleur comique, légère, mais j'avoue que je les trouve un peu fatigants, ce qui prouve que la comédie n'est pas ce que Kuro maitrise le mieux. Mais c'est pas grave, c'est quand même super bien. (vu en 2020)

 

forteresse cachée

2 mai 2020

Le Cercle rouge 1970 Jean-Pierre Melville

 

Les criminels et les policiers du Cercle Rouge appartiennent au même monde ("tous coupables"). Ils accomplissent leurs tâches avec méthode, tendus vers leur but, avec une foi inébranlable. Ils existent par leurs gestes, l'immobilité leur est fatale (les habitants du placard), en cela ils sont des héros bressoniens. Ils ne se définissent pas par leur paroles ("Je ne peux pas te dire qui je suis en gardant les mains en l'air"), le film est peu bavard. Ils sont à l'image de Melville, qui confectionne son film avec le même soin maniaque que ses personnages accomplissent leur casse, la même économie, la même sobriété, la même foi absolue dans le cinéma. Son monde est un espace mental (il n'est pas question de réalisme, de pittoresque à la Sautet) où les hommes baladent leur solitude dans des villes grises et des campagnes marronnasses. C'est une évidence de dire qu'ils n'ont ni psychologie ni affects, ils sont des moines, interprétés par des acteurs au jeu minimal qui trouvent là leur meilleur rôle. Qui est cette femme qui offre une rose rouge à Alain Delon dans ce night club ? Il esquisse un début de sourire, par là même se laisse distraire une unique fois, et on sent qu'il précipite sa perte. Cette femme à la rose était un signe qu'il n'a pas su lire. Melville disait qu'une jolie femme ne l'intéressait que si elle pouvait jouer un rôle dans un de ses film. Le Cercle Rouge est pure cinéma (qui n'a pas été mélangé, simple, sans superflu, chaste), pure esthétique, absolu (sans restriction, sans limite, total), immense. (vu en 2020)

 

cercle rouge

17 avril 2020

Under the skin 2013 Jonathan Glazer

Un film important pour moi, un de ces films qui fait qu'on continu à en regarder et qu'on sait que, de temps à autre, rarement certes, on va tomber sur une pépite comme celle là. C'est ce genre d'oeuvres qui te donne le sentiment de voir quelque chose pour la première fois (qui lave le regard), quelque chose de neuf. Alors j'ai terriblement aimé cette caméra clandestine, ces scènes de séduction jamais vues, ces autres scènes dans cet étrange lieu où Scarlett attire ses proies, ce que Jonathan Glazer filme de ce corps, déguisant d'abord sa star pour la rendre anonyme, lui ôtant tout glamour, avant de la montrer nue comme un vers, ce récit (pas clef en main, mais désarçonnant par sa simplicité) qui préfère le mystère aux explications, la stupéfiante beauté de ses plans, la mise en scène singulière. Et puis ces paysages débarrassés du beau et du laid, le désir, la naissance toute simple de l'émotion, ce monde de monstres (le nôtre donc). On pense à tous ces classiques racontant le séjour sur terre d'un extra-terrestre, auxquels il vient s'ajouter, les surplombant d'une bonne tête. La fin évoque une horreur familière (celle des camps ? Jonathan Glazer prépare un film la-dessus) Ce film séduit, piège, comme Scarlett ses proies, puis désarçonne et laisse nu. Me semble évident que c'est un des plus grands films de la décennie. (vu en 2017-2018)

under the skin

26 avril 2020

L'Inspecteur Harry (Dirty Harry) 1971 Don Siegel

Je me souviens de ma précédente vision, qui m'a laissé décontenancé, voir déçu, comme si je n'y trouvais pas assez de scènes cools comme l'attaque de la banque du début, pas assez de dirty Harry quoi. Cette fois, il m'a semblé voir un autre film, dur, froid, où Harry Callahan n'est pas l'attraction principale, mais subit plutôt la vision déséspérée de Don Siegel. Du coup sa mise en scène prend tout son sens, faisant fi du glamour, imposant une réalité renvoyant dos à dos un vieux système scérosé qui laissera bientôt place au politiquement correct, et la dégénérescence, le culte de la psersonalité de cette nouvelle époque. Dirty Harry n'y peut pas grand chose, n'y croit plus, et fini par jeter son insigne dans un lac des environs de la ville, sans personne pour le voir, pas par provocation mais par dépit. Ce sentiment déceptif, donc, pourrait bien être le véritable thème et se trouver à la base de son esthétique, et relègue notre flic aux répliques cools au rang d'un accessoire jetable. (vu en 2020)

inspecteur harry

9 avril 2020

Susana la perverse (Susana) 1951 Luis Buñuel

Comme plus d'une fois dans sa période mexicaine, Luis éxécute sa commande efficacement, y glisse quelques images bien à lui, comme l'ombre des barreaux de la cellule qui dessine une croix, sur laquelle passe une araignée bien velue, (les premières minutes ressemblent d'ailleurs à une vielle série B d'épouvante), ou ce gros plan sur une libellule. Son film conserve toute sa vigueur d'alors, encore aujourd'hui, et on croit l'entendre rigoler en douce derrière les images. Il faut voir la Susana (Rosita Quintana) après son évasion, comme une bête sortant de sa fange, débarquant dans cette brave famille bourgeoise, tout le monde matant ses jambes couvertes de boue, en se retenant de dire quoi que soit. Il faut voir le père (Fernando Soler, très bon as usual) astiquant le canon de son fusil en reluquant la belle, ou la mère lui donner des coups de fouet pour chasser la diablesse de son foyer. C'est Théorème avant l'heure, toute proportion gardée. Même si la morale est sauve à la fin, personne n'est dupe. Peut-être une oeuvre mineure, mais attention, Susana à de la ressource. (vu en 2019)

Susana

25 avril 2020

Raining in the mountain (Kong shan ling yu) 1979 King Hu

Je suis très attaché à ce film. C'est un faux films de kung-fu, même si on a droit à quelques affrontements, ce n'est pas la technique ou l'impact qui compte, les combats s'apparentent plus à une danse. Ici, tout est mouvement, il faut bouger tout le temps, le film est fait d'incessants louvoiements dans l'enceinte d'un temple, il importe de toujours se mouvoir pour rester invisible, pour masquer ses intentions, pour voir sans être vu, pour arriver à ses fins. Il faut bouger pour être, (seul la voie du bouddha permet de transcender ce fait, de se tenir dans l'immobilité). Comme une comédie musicale, la caméra danse avec que les personnages, le film n'est que chorégraphie, que pure grâce cinétique débarassée du sens (je sens que je m'emballe). D'autre part, le propre du cinéma de King Hu, c'est cette alliance entre modernité cinématographique et cet ancrage dans les arts traditionels chinois. Et tout ça sans tomber dans l'esthétisme outrancié (Hero) ou l'art et essai pour festival qui légitimerait la chose aux yeux de ceux qui ne goûte guère le cinéma de genre : on est dans un vrai film de divertissement cent pour cent chinois, avec ses personnages typique et sa musique casse bonbon à la longue (j'avoue). Très content de revoir ce beau film avec la belle Hsu Feng. (vu en 2020)

raining in the mountain

25 avril 2020

Une Femme disparait (The Lady vanishes) 1938 Alfred Hitchcock

Pendant la première demi-heure, on ne sait pas encore ce que l'on est en train de regarder, mais c'est délicieux. Puis on entre dans un autre film, le suspens apparait, la réalité se dérobe, il s'agit de trouver le "truc" qui permet de saisir ce qu'il s'est passé (je pense aux films de Dario Argento là). C'est la meilleur partie du film, parsemée d'indices qu'ilfaut trouver, et qui donne cette scène étonnante et révélatrice parmis les accessoires du prestidigitateur.La dernière partie est une histoire d'espion (c'était donc ça). A l'arrivée on a un film très riche : le beau couple Margaret Lockwood et Michael Redgrave, Basil Radford et Nauton Wayne pour la partie rigolade (l'autre couple du film...), une coquine scène de gambettes, un voyage en train magique, un commentaire sur le marriage, une fussillade en règle, bref, charme, comédie, mystère, suspens et action, une réussite. (vu en 2020)

 

femme disparait2

24 avril 2020

Boulevard de la mort (Death proof) 2007 Quentin Tarantino

Pas de big histoire ici, on peut résumer le film en dix secondes : des nanas dans des bars, des restos, des bagnoles, qui causent sans arrêt, un cascadeur serial killer, et deux scènes de bagnoles. C'est mince einh ? Oui mais c'est un délice de chaque instant. C'est filmé avec une attention maniaque, un plaisir communicatif. Manifestement le Quentin aime ces filles qui se balance des répliques de camioneurs. Il existe un mot pour parler de virilité féminine ? Boulevard... s'inscrit dans la descendance de ces films de strong women (Russ meyer, ceux avec Meiko Kaji...) et (j'ose) est un grand film sur le féminin vu par un homme. Il peut-être facile de le sous-estimer dans la filmographie du bonhomme, c'est à mon avis un de ses meilleurs ; disons que c'est un bon prétendant pour être numéro deux derrière Jackie Brown. (vu en 2020)

 

boulevard de la mort

19 avril 2020

Swimming pool 2003 François Ozon

On voit bien l'intention, faire un film sulfureux et trouble avec un chouette duo de femmes, partir d'une situation concrète, la faire basculer petit à petit dans l'onirisme pour finir sur une mise en abîme de ses actrices et de la création.  Le bon, c'est Charlotte Rampling (toujours la classe) et Ludivine Sagnier, dont Ozon film bien la sensualité. Ça rappelle l'atmosphère trouble de La Piscine. Mais Ozon semble se prendre les pieds avec les différentes lectures de son film, comme s'il était finalement impuissant à livrer une simple histoire et qu'il lui faille "retourner" son intrigue pour lui donner de la consistance. C'est peut-être là un des problèmes avec Ozon, ses constructions se voient trop. A l'inverse, je trouve le début plutôt bon, puis de moins en moins convaincant à mesure que le scénario révèle ses astuces. Jusqu'au twist final, qu'on voit arriver de loin, par lequel le film achève de se dégonfler. Alors pas désagréable, mais pas convaincu non plus. (vu en 2017-2018)

swimming pool

19 avril 2020

La Maison du diable (The House of the devil) 2009 Ti West

Voilà un film d'horreur millésimé 2009 qui s'efforce, non de se faire passer, mais de reprendre sans s'en cacher, les signes des années 80 ; une histoire et un déroulement très premier degré (pas d'humour ni d'ironie, pas de discours sur le genre), une photo un peu tristounette, identifiée comme étant d'une autre époque, et jusqu'à son titre et son générique fait de lettres jaunes. Ti West ne nous tend aucun piège, ne nous réserve aucune surprise. Ce n'est pas un film qui se passe dans les années 80, c'est un film fait à la manière des années 80. S'il avait ancré son film dans notre siècle, ça n'aurait été q'un film d'horreur anonyme de plus. Tel quel, il se présente comme un hommage nostalgique, et nous dit, assez paradoxalement, qu'on ne fait plus de film comme ça aujourd'hui. L'exercice, sincère et jamais arty, ne va pas très loin mais a du sens à l'heure où les remakes se fabriquent à la chaîne. (vu en 2017-2018)

maison du diable

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